LE COMPOSITEUR
Donato LOVREGLIO
1841 - 1907
Donato LOVREGLIO
Né à Bari, la cité marine jadis tournée vers l'Orient, l'enfant se passionna très tôt pour la musique des instruments à vent: tout d'abord la flûte; plus tard la clarinette et les autres bois...Des journaux de l'époque relatent les succès que remportait le jeune flûtiste lors des manifestations musicales, alors nombreuses dans la ville. On a la surprise d 'y découvrir un Donato LOVREGLIO, rayonnant, félicité de toutes parts, notamment par le très célèbre Alexandre Dumas (auteur des Trois Mousquetaires, faut-il le rappeler?) qui en fera son ami et son barde durant son séjour italien. Le dynamique écrivain, à l'époque généreux volontaire garibaldien, ira même jusqu'à assurer qu'en écoutant Donato à la flûte, une pénible et lancinante douleur née d'un anthrax opéré s'était soudain apaisée!
Enthousiasmé par le jeune artiste, Dumas alla même jusqu'à lui offrir d'organiser une tournée de concerts pour le faire connaître "dans le monde entier "(sic!)
Laissons parler maintenant Janvier LOVREGLIO, petit-fils du compositeur :
"Parmi les admirateurs du jeune flûtiste, se trouvait une adolescente, toute brune, toute pétulante et, de surcroît, excellente pianiste, Adelina Castelli, qui tomba éperdument amoureuse de lui. Le "rossignol" partagea bientôt son sentiment. Hélas, elle appartenait à une famille dont le père occupait une charge importante(*) à la cour du roi Ferdinand II. Elle se heurta à l'habituel préjugé des gens haut placés qui considèrent les musiciens comme des serviteurs dont le seul destin est de divertir les invités des réunions mondaines. Mais Adelina ne céda pas, d'où drame. Larmes, cris, menaces, rien n'y fit.
L'amour de Donato et d'Adelina fut le plus fort. En outre, une passion commune les rapprochait: la musique. Adelina jouait admirablement du piano et allait faire, elle aussi, une carrière de concertiste. Soutenu par les sortilèges de la musique, l'amour triompha de tous les obstacles. Les deux tourtereaux exécu
tèrent ensemble quelques oeuvres, roucoulèrent pendant les pauses, et c'est ainsi que mon futur grand-père, flûtiste, épousa celle qui allait être ma grand mère, pianiste. Voilà pourquoi j'aime la flûte ...Merci, grand-mère, d'avoir succombé au charme du flûtiste-enchanteur!"
(*)Courrier diplomatique
Si, d'après le témoignage de Dumas, mon grand-père était, à vingt ans, un jeune homme aux "grands et beaux yeux noirs", une photo prise dans sa maturité le représente comme un personnage à la noble prestance, l'air paisible, le regard doux, un nez droit, une grosse moustache et un "bouc" suivant la mode de l'époque. Tout, dans son allure, pouvait évoquer une figure du XIXe siècle, comme celle de Flaubert ou de Dumas lui-même. Une taille de guêpe - comme il se devait - des traits fins, un air follement romantique dessinent le portrait de la jeune amoureuse qui, devenue mère de famille, garda, disait-on, tout le charme de la jeunesse - à peine mûri par la vie et nuancé d'une ombre ténue de mélancolie...
Mon grand-père était également compositeur. La Bibliothèque Nationale de Florence(ll) garde soigneusement ses oeuvres. Le Dictionnaire de la musique de Schmidt lui consacre cet article:

"Lovreglio Donato, flûtiste et compositeur, né à Bari le 6/12/1841, mort à Naples, en mai 1907. Il composa des méthodes et de la musique pour tous les instruments, des morceaux originaux et des fantaisies sur des oeuvres théâtrales pour flûte, hautbois, clarinette, des duos, des trios et des septuors, ainsi que des symphonies pour orchestre et pour harmonie. Un grand nombre de ces oeuvres furent publiées par la maison d'édition Ricordi."
Compositions et concerts représentaient les principales activités de mon grand-père. Une revue musicale de Milan lui attribue le mérite d'avoir fait connaître en Italie la flûte d'amour Böhm, et reproche à la Gazzetta di Napoli de il"n'avoir même pas fait allusion à celui grâce à qui l'invention de Böhm fut mise en lumière, c'est-à-dire à l'éminent concertiste- flûtiste, Monsieur Donato Lovreglio.(12)"
Le mariage avec une pianiste de talent ne pouvait que contribuer à l'épanouissement artistique de mon grand-père. Les jeunes époux quittèrent Naples pour s'installer à Bari, la ville natale de Donato. Leur nouvelle maison résonna bientôt de glissades de gammes, d'arabesques d'arpèges, de cascades d'accords ...Pour Eleuthère, des aieux d'une étonnante vitalité, Donato et Adelina!
La musique n'ayant jamais enrichi ses serviteurs, ils ouvrirent, Corso Vittorio Emanuele,, un magasin. Les meilleurs pianos d'Allemagne y côtoyaient les derniers Steinway de New York et Erard de Paris. On y vendait aussi, violons, altos, violoncelles. Cuivres et bois, bien disposés en vitrine, brillaient de leur métal chaleureux ou de leur surface cirée. Les bois surtout étaient l'objet de l'attention de mon grand- père, flûtiste! L'on s'engageait à honorer toute commande de musique du répertoire courant.
Pour améliorer encore le budget familial, ma future grand- mère donnait des leçons de piano et de Chant mais uniquement aux jeunes filles et aux dames, (il eût été malséant qu'elle en donnât aux hommes!), si l'on en juge par ce texte publicitaire: Au beau sexe:
La célèbre pianiste napolitaine Adelina Lovreglio-Castelli a commencé un cours de leçons de Piano et de Chant chez elle ou à domicile Elle accepte, outre les élèves déjà initiées, les débutantes pour les former depuis les premières notions jusqu'à la florissante école moderne, dont elle a donné de nombreux témoignages dans les Académies publiques avec la collaboration du célèbre flûtiste-compositeur DONATO LOVREGLIO, son mari."
Trois berceaux égayèrent successivement leur demeure pour y recevoir Antonio, Luigi et Alberto. Sur eux, Euterpe se pencha pour épandre ses dons. Le dernier né - mon futur père - se révéla être son favori...Tous devaient bientôt témoigner de dons réels et participer, dès leur jeune âge, aux concerts de leurs parents. Juché sur un tabouret dévissé au maximum, le benjamin manifesta très tôt des dispositions talentueuses. En 1885, au cours d'une séance artistique, se produisirent, outre quelques élèves de ma grand-mère, le jeune Alberto. Un périodique donne un compte rendu fort élogieux de cette séance. Après avoir décrit la brillante exécution au piano par ', de dignes élèves de Madame LOVREGLIO", le critique met particulièrement en relief les qualités du plus jeune de ses trois fils:
" Nous exprimerons notre profonde admiration à l'égard du petit Alberto. (...) Il a exécuté la Ballade de Thalberg (13), très difficile pour ses petites mains, et il surmonta avec bonheur des difficultés qui embarrassent des personnes, bien plus expérimentées que lui. Parmi les invités, nombre d'entre eux avaient eu le loisir, dans le passé, d'admirer son habileté comme pianiste, mais, quand on le vit prendre successivement divers instruments, tels la flûte et le violon, l'enthousiasme fut à son comble et beaucoup se précipitèrent pour l'embrasser. Nous le vîmes se préparer à jouer avec assurance et avec calme: il prit son violon, le visage empreint d'une sérénité que l'on rencontre d'ordinaire chez les gens expérimentés dans cet art; cependant peu à peu, il se transfigurait: il s'enflamma, son visage s'empourpra comme sous le coup d'une forte émotion, ses yeux dilatés suivaient quelque chose qui semblait flotter devant lui; le calme avait disparu pour donner, lieu à ce frémissement qui se dégage des artistes de génie, se communique au public et le conquiert!(14) "
La Gazzetta Musicale di Milano, mentionnant un concert donné à Naples par mon grand-père et ses enfants, exalte le "talent" des trois fils, "mais, conclut le critique, celui du petit Alberto, à peine âgé de douze ans, est exceptionnel et offre de multiples aspects. Il joue vraiment bien du piano, de la flûte et du violon.(15)"Après avoir fait également l'éloge des deux autres, il conclut: "La famille Lovreglio a la musique dans le sang!(16)".
Par la suite, les deux aînés, Antonio et Luigi, émigrèrent aux Etats-Unis, où nous les laisserons. Quant au dernier, Alberto, il devait faire une brillante carrière de pianiste et fonda une famille de cinq enfants, devenus tous ... musiciens.
Les voici.