A LA DECOUVERTE DU COMPOSITEUR
ELEUTHERE LOVREGLIO

(Naples 1900- Nice 1972)

Né avec le siècle sur les rives de la Méditerranée, à Naples, Eleuthère (en italien Eleuterio) se hissa tout jeune sur le siège du piano familial. C'est à neuf ans qu'il composa sa première oeuvre, L'appel du matin, une fraiche pastorale qui remporta un vif succès comme en témoignent les nombreuses éditions qui se succédèrent. Son père, excellent pianiste, se pencha avec vigilance et rigueur sur les étonnants progrès de l'enfant. Le grand-père Donato, bien connu comme flûtiste et compositeur (auteur, entre autres d'arrangements de la musique de Verdi pour clarinette) s'enorgueillissait d'un petit-fils aussi doué.A seulement seize ans, Eleuthère obtint la "Licenza e Magistero" pour la Composition et l'instrumentation au Conservatoire de Naples, deux titres qui correspondent aux premiers prix des Conservatoires de Musique en France.

A dix- sept ans, l'adolescent est nommé, par concours, premier violon à la Scala de Milan, où il jouera pendant trois ans sous la direction du prestigieux ArturoToscanini, n'en recevant que des compliments, ce qui était assez inhabituel de la part du Maestro, très parcimonieux d'éloges...Quelques années plus tard, attiré par Paris, le Paris de Debussy et de Ravel, il connut les applaudissements des salles de concert (Colonne, Lamoureux, Pasdeloup) pour ses oeuvres, très appréciées par les plus grands chefs-d'orchestre. Vous trouverez plus loin certains de leurs jugements , toujours louangeurs, portant sur la créativité, la technicité, l'harmonie du jeune auteur. Une remarque intéressante: il ne composait jamais la main sur le clavier d'un piano, mais écrivait directement sur le papier à musique. On peut dire qu'il entendait dans sa tête toutes ses inspirations sans recourir à aucun instrument.

Bientôt l'attrait de la Côte d'Azur dû à la douceur de son climat, au bleu d'un ciel fait pour les peintres, mais aussi pour les musiciens et la présence de sa famille aimée l'appelèrent à Nice où il s'installa avec sa jeune épouse Angèle. Eleuthère se consacrait à la pédagogie et à la composition musicales. Angèle le secondait en recopiant ses manuscrits. Leur vie s'écoulait, calme et tranquille, très heureuse même.., Soudain, le drame. Fascinés par l'ésotérisme, tous deux se laissèrent entraîner par le magnétisme d'un triste aventurier politique, fondateur d'une secte, jusqu'en Chine où ils connurent la douleur d'une séparation. La femme fut enfermée dans un monastère et lui traîna, l'âme en peine, dans le Shanghai de la misère (1933-34), songeant à un fol enlèvement par des bandits chinois pour libérer sa jeune épouse, prisonnière. Triomphant de tous les obstacles, malgré son dénûment (toute leur fortune était passée dans les mains de l'aventurier) il parvient à libérer Angèle et à mettre en échec le chef de la secte dont les membres se dispersèrent et revinrent en Europe...Quel musicien pourrait se vanter d'avoir eu une vie aussi originale?

Libérés, les époux retrouvés s'établirent de nouveau en France, Eleuthère, la mémoire enrichie de nouvelles harmonies, composa, à la demande de jésuites français en partance pour l'Extrême Orient une "Messe chinoise" dont les notes éthérées s'envolèrent dans la cathédrale de Nankin et sous les voûtes du Vatican. Ironie de la Providence! Celui qui était parti pour devenir moine dans une secte bouddhiste écrit une messe pour évangéliser les Chinois: "Ite, docete..." toutes les nations...Son activité se multiplie et il compose de nombreux opéras, ballets, symphonies, musique de chambre et oeuvres pour solistes. Une immense production dont nous allons indiquer les principales oeuvres et qui ne cessa de se développer jusqu'à sa fin en 1972. Il reste aux héritiers, à son frère cadet, Janvier, à ses neveux et nièces, la noble tâche de les révéler et de faire connaître ce talentueux et prestigieux artiste et ses créations exceptionnelles à tous les mélomanes de notre siècle finissant et du nouveau millénaire qui s'annonce déjà...
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Premier prix de composition musicale du Conservatoire San PIETRO
a Maiella de Naples en 1916. A partir de 1917, violoniste à la Scala de
Milan, sous la direction d'Arturo Toscanini.
A résidé en France à partir de 1 919, à Paris et à Nice, où il se
fixa définitivement après un voyage d'études en Extrême-Orient, avec un séjour
de deux ans en Chine (1933-1934).
Comme chef d'orchestre, il a dirigé les orchestres philharmoniques de Naples, Milan, Rome, Nice, Marseille, Karlovy Vary et Chang-Hai Il a donné des conférences sur la musique italienne, le plain-chant romain, la musique bretonne, la musique espagnole, le plain-chant mozarabe et
la musique d'Extrême-Orient.
Ces conférences ont eu lieu à l'Académie Sainte-Cécile de Rome, à la R.A.I., au Centre Universitaire Méditerranéen de Nice, à la Schola Cantorum et à l'Institut des Hautes etudes Chinoises de la sorbonne.
L'ensemble de ses œuvres comprend deux opéras (livrets et musique):
Romulus et Rémus (devenu 1 figli di Marte), diffusé à plusieurs reprises par la
R.A.I., et par les radios française et belges ; Stratonice diffusé par la R.A.I.
(1962), puis par la B.B.C. et par la radio de Lausanne en 1963.
Un drame musical,
Le Lac d'Emeraude (1967-1968).
Trois ballets, dont le dernier, king Sse, écrit en chine, a été donné
le 2 Décembre 1973, en création mondiale, à l'Opéra de Nice, puis repris le
13 Décembre 1975 à ce même Opéra.
Musique sacrée : une Messe chinoise, Ite, docete, créée à Nankin en 1 949
une Messe en mi mineur, Pacem meam do vobis,
enregistrée par la R.A.l. de Milan en 1975.
musique symphonique, musique de chambre, musique pour soli, pour chœurs et orchestre, etc.
Ses œuvres ont été exécutées : aux Concerts Colonne et Lamoureux, au concert de l'Exposition
Internationale de paris (1937), au Congrès Mondial du Rotary par l'Orchestre
national de l'O.R.T.F., au Casino de Monte-Carlo, à l'Opéra de Nice, en
Allemagne, en Tchécoslovaquie, aux Etats-Unis, et par diverses Radios de pays étrangers : Italie, Suisse, Belgique, Luxembourg.
La Radio française lui a commandé plusieurs œuvres symphoniques
dont la Suite lbérienne.
Le Conservatoire National de Paris lui a commandé plusieurs œuvres pour ensembles d'instruments à vent, destinées.aux concours de fin d'année
Ses œuvres sont éditée par : Marcel Combre (Consortium musical)
Editions Transatlantiques, Editions Delrieu, Editions Françaises de Musique
de Radio-France, Max Eschig , Choudens.

N.B. - Les manuscrits autographes du compositeur sont déposés au Département de la Musique de la Bibliothèque Nationale de Paris. Les doubles. de toutes ses œuvres ainsi que le matériel d'orchestre des poèmes symphoniques et des opéras se trouvent à la Bibliothèque du Conservatoire de Musique de Nice.
La messe Pacem meam do vobis est chez l'éditeur à Paris

EXTRAITS DE LETTRES DE CORRESPONDANTS
Paris , juin 1 924
J'ai reçu vos partitions d'orchestre et je les ai parcourues, la musique m'a paru très intéressante, particulièrement celle du "STYX".
A titre de renseignement, je vous prie de m'informer si vous avez le matériel d'orchestre lisiblement écrit
KOUSSEVITSKY

Monte Carlo, avril 1925
J'ai été très heureux du succès de votre œuvre, je vous en félicite,
j'espère avoir encore l'occasion de vous jouer dans l'avenir. C'est un devoir
artistique pour moi d'aider les jeunes compositeurs de talent.
Recevez, je vous prie, l'expression de mes sentiments très sympathiques.
Léon JEHIN
Paris, 27-5-1 930
Mon cher Collègue, cher Artiste,
Vos trois "Impromptus" pourquoi études ? répondent à une nécessité.
Vos "courbes", vos inclinaisons musicales donnent - à ceux qui seront,
favorisés de jouer vos impromptus - une joie de vivre.
En jouant la page 7je me suis senti heureux, c'est ou soleil !
Vous êtes un grand musicien, je félicite la Maison Delrieu de vous faire figurer dans son Catalogue.
Sentiments admiratifs .
Georges LAUWERYNS, 1er chef
d'orchestre Opéra Comique, Paris

 

Conservatoire de Paris,
1 931.
des "Trois Etudes Impromptus" de Monsieur Lovreglio, j'ai fort apprécié la délicatesse de la première.
PHILIPP.

 

Vienne, mars 1 933,
J'ai bien reçu votre "Choral en forme de prélude" à l'Hôtel de Paris, et je vous remercie beaucoup pour votre aimable attention.
C'est une œuvre de valeur, qui me plaît beaucoup et qui fait honneur à l'excellent musicien que vous êtes. Je l'ai joué à plusieurs reprises en y découvrant de nouvelles finesses.
Emile SAUER
Nice, Décembre 1935
J'ai lu avec le plus vif intérêt les trois pièces pour piano que
vous avez eu l'amabilité de me faire parvenir. Elles sont d'une écriture à la fois raffinée et sensible qui fait le plus grand honneur à votre goût musical.
Bravo et merci
Alfred CORTOT
St. Louis (E.U.),
15 Décembre 1 935.
st. Louis Symphony 0rchestrar
C'est un grand plaisir pour moi de vous dire que nous avons joué
"Spectres", hier et avant-hier, et que votre œuvre a été accueillie chaleureusement
par le public. Ci-inclus avec le programme deux coupures de journaux
(…). Je vous avais répété avec un soin possible seulement dans ce pays, pensez
que j'ai cinq répétitions par semaine, mon seul regret est que vous n'avez pu
entendre l'exécution de votre œuvre.
Je vous félicite et vous prie, cher Monsieur de croire à mes sentiments très cordiaux,
Vl. GOLSCHEMANN
4 mars 1 943
Ayant entendu un fragment d'une de vos œuvres d'orchestre exécuté
par un orchestre de la Radio Nationale il y a quelques semaines, je voudrais
faire mettre à l'étude par l'Orchestre Lamoureux une ou plusieurs de vos
œuvres... ce sont Canción y Movimiento de Baile Rapsodie Bretonne et
Suite pour flûte et petit orchestre. Ces trois œuvres m'intéressent beaucoup
et je pense pouvoir les jouer soit à la Radio, soit à l'un des concerts dominicaux…
Votre partition de "Spectres" (…) m'intéresse aussi,
Eugéne BIGOT
Avec quel profond plaisir j'ai écouté hier soir les fragments de
"Romolo",(…) L'orchestration charnue, nerveuse, vivante, m'a enchanté et les
voix étaient belles. Le final est d'un effet de grandeur inoui ! (...) Encore
mille et un bravos ! Bien amicalement et admirativement votre
Pierre JOSELET
P.S. Votre utilisation des cors est une volupté pour l'oreille.

 

1 2-1 0-54
(...) concernant l'exécution de votre Concerto. Nous avons pris
grand plaisir à l'interpréter et nous en avons eu les échos les plus flatteurs
par plusieurs auditeurs qui ont beaucoup apprécié l'œuvre et la formule.
La diffusion était, paraît-il excellente et vous ne pouviez être
mieux servi comme orchestre et comme chef.
Nous sommes heureux, mes collègues et moi, d'avoir enfin pu présenter
ce Concerto dans de parfaites conditions.
Marcel MULE
23 mars 1 973
Je me mettrai, ce soir, à l'écoute. Je sais d'avance que cette
audition (du Ballet King Sse) confirmera tout le bien que je conçois de
l'homme et de l'artiste. Il était de ces rares créateurs qui, riches du travail
réalisé, mais sans orgueil, n'attendent pas pour en apprécier la valeur,
le jugement élogieux ou défavorable de leurs contemporains, faisant leur foi,
peut-être à leur insu, sur ce profond et sage aphorisme de Max Jacob : "Une
œuvre ne naît pas chef-d'œuvre... elle le devient".
Lettre de Paul PARAY adressée
à un neveu du compositeur.